Matias Rodriguez
Tout ça pour ça ?
Face à un mouvement comme celui des gilets jaunes, et suite à des heures et des heures de débat au plus proche du terrain, on s’attendait à une réaction à la hauteur de l’enjeu d’Emmanuel Macron, notamment sur le pouvoir d’achat et la démocratie. Que nenni.
Bien sûr, il faut respecter le choix fait par les électeurs d’un président et d’un programme politique (choix qui n’était pas le mien). Mais cette large victoire doit être pondérée par le vote utile face à la menace du Front National et par l’important mouvement des Gilets Jaunes inédit de par son ampleur, sa durée et sa composition (pas de corps intermédiaires).
Derrière le mea culpa et l’empathie (feinte ?) du chef de l’Etat, on assiste surtout à un maintien de cap de la politique menée depuis 2 ans, et notamment une politique de défiscalisation. La classe moyenne est victorieuse de cette politique (baisse de l’impôt sur le revenu, baisse voire suppression de la taxe d’habitation, baisse des cotisations salariales et prime Macron), même si c’est une victoire en trompe-l’œil (hausse des tarifs municipaux suite au désengagement de l’Etat, hausse du carburant et du prix de l’énergie).
Concernant les revendications des gilets jaunes, peu d’avancées.
R.I.P. le RIC, le vote obligatoire et la prise en compte du vote blanc. Je suis favorable au vote obligatoire qui seul peut donner du crédit au vote blanc.
Un point positif, une plus grande part de proportionnelle (20 %) au Parlement. Je ne suis pas favorable à titre personnel à la proportionnelle intégrale. L’expérience en Espagne, par exemple, montre que cela crée de l’instabilité et des compromis (voire compromissions) entre forces politiques.
La suppression ou la réforme de l’ENA, on n’a pas trop compris quel était le choix du président. En tout cas, il est clair que cette Ecole a besoin d’un toilettage, notamment en matière de représentativité nationale et donc de recrutement.
L’abaissement du nombre de parlementaires, une nouvelle manière d’éloigner le citoyen des parlementaires. Je suis depuis longtemps favorable à la suppression du Sénat.
Décentralisation ou déconcentration ? Je suis favorable à la décentralisation lorsque le transfert de compétences s’accompagne d’un transfert de charges. Encore une strate de décisions ?
France Services, plutôt une bonne idée. Cela existe déjà mais c’est à développer étant donnés la disparition des services publics de proximité et le développement du numérique.
Les citoyens tirés au sort, de la cosmétique, je pense.
Les classes de Grande Section, de CP et de CE1, une fausse bonne idée si elle ne s’accompagne pas de créations de postes d’enseignants. Cela génère des concentrations d’élèves sur les autres classes et la généralisation des classes à double niveau pour pallier au manque d’enseignants.
Revalorisation du métier d’enseignant. Rien sur les moyens, sur la revalorisation du point d’indice, rien sur la formation et le recrutement des professeurs des écoles.
Une resucée du travailler plus pour gagner plus. Apparemment, pas de suppression de jour férié pour financer la dépendance, pas de remise en cause des 35h, ni de l’âge légal de la retraite. On parle d’allongement de la durée de cotisations et de système de bonus/malus (probablement inspirée de la réforme des retraites complémentaires). Le retour du plein emploi, un vœu pieu surtout quand on connaît l’importance du chômage structurel. Comment attirer les jeunes vers les secteurs en demande d’emploi sinon en revalorisant ces métiers ?
Les sujets de satisfaction sont l’indexation du prix de retraite, le minimum contributif à 1000 euros (même si c’est encore insuffisant pour vivre décemment), le fait de sanctionner les personnes ne s’acquittant pas du devoir de pension alimentaire.
Concernant la suppression de niches fiscales des grandes entreprises, j’attends de voir. Une chose est sûre, il y a de réelles coupes à faire au niveau des cadeaux fiscaux sans contrepartie du CICE.
Quant aux grandes fortunes si promptes à dégager des moyens colossaux pour reconstruire Notre Dame de Paris, elles peuvent dormir tranquilles quant il s’agit de contribuer à la solidarité nationale. Pas de remise en cause de la politique fiscale.