Matias Rodriguez
23 janvier 2013 : Telle une actrice de cinéma, une jeune femme de 38 ans est accueillie en héroïne (sans jeu de mots) à l'aéroport Charles de Gaulle par le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius. Son exploit est d'être libérée après avoir vécu 8 années de prison, impliquée dans une affaire d'enlèvement et de séquestration. Sa libération médiatique est le pendant de son arrestation mise en scène par deux chaines de télévision méxicaines. Condamnée à 96 ans de détention, peine réduite à 60 ans, Florence Cassez avait suscité l'émotion des Français et notamment des deux présidents de la République, tant la peine semblait démesurée et tant les conditions de l'arrestation paraissaient ubuesques. Les conditions de sa libération seront tout aussi ubuesques (pour vice de forme). Le bonheur de voir Florence Cassez libre se mêle avec la gêne de sa surmédiatisation et de son accueil en grande pompe par la diplomatie française, alors que son innocence n'est pas démontrée.
11 février 2013 : Un pape renonce à ses fonctions, n'est ce pas une forme de divorce (avec Dieu) ? En tout cas, c'est inédit et tend à désacraliser la fonction. Quelques jours plus tard, la fumée blanche intronise un pape sudaméricain qui bouleverse la fonction par la simplicité de son attitude et la modernité de ses propos, même si subsistent quelques zones d'ombres sur son action ou par son inaction durant la période de dictature militaire.
Le 5 mars 2013, Hugo Chavez décède en héros pour les uns, en autocrate autoritaire pour d'autres. Pour l'homme de gauche que je suis, c'est une tristesse et la preuve qu'un socialisme moderne peut être mis en place sans revenir sur les fondamentaux (politique sociale, démocratie participative, redistributions des richesses).
Le 18 mai 2013, le mariage entre personnes de même sexe est promulgué en France et suscite des débats houleux, des manifestations parfois xénophobes et violentes qui donnent du pays des droits de l'Homme une image désastreuse. Deux femmes sont mises en lumière pour des raisons inverses :
- Christine Taubira, dont le discours d'une grande qualité et dont le courage politique la situent dans la lignée de Simone Weil et de Robert Badinter et qui fera l'objet d'insultes racistes qu'on pensait d'un autre temps
- Frigide Barjot, qui s'était illustrée dans JALONS, un groupe d'humoristes très connu dans les années 80 et spécialisé dans les pastiches et parodies de journaux. Elle devient le porte parole des anti-mariages gays et se retrouve débordée par les réactionnaires et les extrémistes.
Le 24 juillet, un train déraille à Saint Jacques de Compostelle et fait 78 morts à cause d'une vitesse excessive. Cet événement a lieu alors que la ville s'apprête à fêter la Saint Jacques (festivités et grand événement pyrotechnique sur le parvis de la cathédrale). Les galiciens font oeuvre de grande solidarité pendant cet épisode douloureux. Cet événement m'a d'autant plus marqué que je venais tout juste de quitter la ville lorsque l'accident a eu lieu.
Le 5 décembre, Nelson Mandela s'éteint et sa mort, unanimement célébrée, crée un moment de communion nationale à une période où, paradoxalement, la parole se libère dangereusement et l'extrême droite poursuit sa progression en achevant sa mutation et sa dédiabolisation. Bizarrement, la figure de Madiba ne créait pas tant d'unanimité il y a quelques années, celui-ci étant considéré par beaucoup comme un terroriste. Avec sa mort, se poursuit la disparition de ces grands leaders charismatiques, qui, par leur aura, leur discours et leurs actions pacifiques soulèvent des montagnes et sont des modèles de vertu.