Matias Rodriguez
Le sujet est épineux et beaucoup plus complexe que l'unanimisme à l'Assemblée pourrait le laisser croire. Tout d'abord, il faut dénoncer les lieux communs véhiculés autour de cette pratique. Certains pensent à tort que accepter la prostitution c'est limiter les risques de violences sexuelles. Or, les criminuels sexuels n'ont pas le même profil que les clients de prostitués et malgré le fait que la France n'interdise pas la prostitution, la criminalité sexuelle en France reste hélas très importante. D'autres, pour défendre la prostitution, la décrivent comme le plus vieux métier du monde. La prostitution a existé de manière diverse et discontinue depuis l'Antiquité. Cela n'en fait pas un argument suffisant : l'esclavage a existé aussi et existe encore parfois et pour autant, il est condamnable. Enfin, certains évoquent la liberté individuelle, mais c'est oublier que la prostitution est, en majorité, un trafic d'êtres humains, en provenance de l'Europe de l'Est, de l'Asie ou de l'Afrique, géré par des réseaux criminels. Peut on abolir la prostitution, comme on pourrait abolir la pauvreté ? C'est une idée saine mais utopique. Tant qu'il y aura misère sociale et sexuelle, la prostitution continuera à exister. La priorité est de protéger les prostituées, tant du point de vue de leur sécurité que de leur santé. Le délit de racolage passif a fait passer la prostituée du statut de victime à celui de délinquante et l'a obligée à pratiquer son activité dans des endroits plus clandestins et d'accepter des conditions de travail plus dangereuses. Il faut remettre en cause ce délit de racolage passif.
La création de maisons closes n'est pas non plus une solution, car elle n'empêche pas la prostitution clandestine, souterraine, illégale et celle sur la voie publique de se développer. En outre, elle normalise une pratique.
Il faut bien sûr faire de la lutte contre les réseaux criminels une priorité mais cela ne peut passer que par une collaboration accrue entre pays emetteurs et récepteurs de prostitution.
Enfin, il faut, à mon sens, privilégier le volet prévention à la répression, en ce qui concerne les clients, notamment dans les lycées. La répression ne fait que déplacer le problème et favoriser les pratiques à risque (dans les bois, la nuit et acceptation de relations non protégées).