Matias Rodriguez
Comme Royal, Hollande fait le choix des oeillades à François Bayrou. Dans le cas de Ségolène Royal, cela pouvait s'expliquer par les sondages qui plaçaient Bayrou très haut dans les sondages et qui se présentait en arbitre de l'entre deux tours. De plus, l'expérience du Modem qui attirait un électorat jeune et branché, plutôt de centre gauche, était novatrice et Bayrou n'avait pas encore choisi clairement les alliances à géométrie variable. Dans le cas de Hollande, c'est une conversion plus récente puisque la plupart des barons socialistes au congrès de Reims , dont lui, partisan alors de Delanoe, s'opposaient à cette alliance. L'histoire plaide contre cette alliance au centre. Mitterrand, en 1981 et Jospin en 1997, ont choisi, avec succès, l'alliance à gauche. Le cas de 1988, même s'il y a eu report de voix des centristes et ouverture à des personnalités centristes dans le gouvernement Rocard, s'explique par le statut de président sortant de François Mitterrand. La plupart des pays qui ont choisi un positionnement au centre ont perdu les élections. La défaite de Ségolène Royal a montré les limites d'une telle volonté d'alliance. A l'épreuve des faits, une telle alliance obligerait la gauche à rogner sur une partie de son programme et de mettre en oeuvre une politique de rigueur budgétaire légèrement teintée de social. Or, il est probable que les citoyens préfèreront l'original à la copie. De plus, la théorie selon laquelle le report des voix de la gauche "dite radicale" serait automatique est à écarter, surtout lorsque l'on connaît la porosité des électorats et l'importance du vote abstentionniste. Enfin, contrairement à ce qui est dit, les électeurs sont souvent plus sensibles aux choix clivants.
Disons le clairement, Bayrou est un homme de droite, qui partage certes certaines valeurs avec la gauche (droit de vote des immigrés, par ex...) mais dont le programme économique est libéral (exonération de charges sociales ...). Le Modem est un parti n'ayant pour seul objectif que l'élection présidentielle. Bayrou rêve non pas d'être le troisième homme, mais d'être présent au second tour. Il n'a donc aucun intérêt à choisir l'un ou l'autre des candidats dont il se sent équidistant. Une qualification au second tour lui donnerait ses chances de gagner l'élection présidentielle et ensuite quoi de plus facile que de créer des listes étiquetées "majorité présidentielle" en récupérant dans sa toile quelques crevures sans vergogne, ayant pour seul objectif la perennisation de leur indemnités d'élus.