Matias Rodriguez
Plus on s'approche du premier tour de l'élection présidentielle, plus la campagne se clarifie.
A l'extrême droite, Marine Lepen se maintient et l'écart avec Nicolas Sarkozy reste assez conséquente pour qu'on ne se pose pas la question du vote utile. Rien n'y fait, ni ses emprunts au vocabulaire républicain ni sa soit-disant dédiabolisation . Contrairement à son père, elle souhaite accéder au pouvoir, ce qui la rend finalement proche du système. Le poids de son électorat populaire est à relativiser par la forte abstention chez cet électorat. Il ne faut pas minimiser les effets que pourrait avoir un fait divers ou un reportage comme celui diffusé par Envoyé Spécial sur les abattoirs franciliens. A sa droite, la candidature de Carl Lang qui la ferait passer pour un enfant de choeur risque de ne pas aboutir faute de signatures.
A droite, plusieurs candidats sont encore en lice allant de la droite rurale au gaullisme social en passant par la droite souverainiste. Chacune de ses candidatures représente une (petite) réserve de voix pour Sarkozy. Les positions de plus en plus droitières de Sarkozy appuyées par Claude Guéant n'ont pas fait peur à Morin et Boutin qui se sont empressés comme des lièvres d'arrêter leur course pour laisser filer leur champion.
Le centre droit a du coup retrouvé un espace ressuscitant l'UDF que François Bayrou n'a jamais vraiment quitté malgré les quelques oeillades à Ségolène Royal. Il n'est plus vraiment un risque pour le deuxième tour même si son électorat est plus au centre gauche que ses notables, qui, pour la plupart, ont soutenu des gouvernements de droite.
François Hollande poursuit la mue du parti socialiste en parti de centre gauche mêlant libéralisme économique à progressisme en matière de moeurs. Il a clairement choisi son camp en misant sur un report systématique de la gauche au second tour. En témoigne ses déclarations au Guardian sur la disparition des communistes en France. Il s'était déjà illustré en décidant de ne pas se rendre à la Fête de l'Humanité lorsqu'il était candidat aux primaires.
A gauche, Mélenchon a réussi le tour de force de s'appuyer sur le Front de Gauche pour donner à la gauche "radicale" une crédibilité et un poids politique important et en progression. S'appuyant sur une large base militante, il rencontre un écho considérable comme le montre la fréquentation de ses meetings. Il sera à mon avis la surprise de cette élection présidentielle.
Europe Ecologie Les Verts, à cause d'une erreur de casting et d'une inadéquation avec ce type d'élection, risque de faire figuration pour renaître lors des élections législatives.
La gauche trotskyste fait les frais du retrait de deux personnalités charismatiques qui faisaient à elles seules l'élection (Besancenot et Laguillier). Malgré leur qualité, Poutou et Arthaud ne font pas le poids.