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Matias Rodriguez

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Charlie déjà 5 ans

Déjà 5 ans et je me rappelle comme si c'était hier de cette tuerie. A l'écoute de France Info, je découvre l'attentat et j'entends s'égrainer des noms qui représentent toutes les périodes de ma vie. Je crois à un dernier canular de Charlie Hebdo.

- Cabu, que tous les enfants nés dans les années 70 ont découvert dans un programme de jeunesse et redécouvert plus tard, à l'adolescence, dans des BD satiriques et peignant au vitriol la France profonde des années 80 avec le personnage du Beauf qui a inspiré Renaud et qui est devenu un nom commun dépeignant ce roublard franchouillard et raciste  que nous adorons détester. Cabu, le papa de Mano Solo, qui a dépeint les années 80 et 90, ces années Sida qui ont totalement modifié nos habitudes et ont assimilé les opposés que sont le sexe, l'amour et la mort. Il n'aura pas été le spectateur de cette mort inouie de son père.

- Wolinski, que j'ai découvert également à l'adolescence et qui m'a permis de découvrir une certaine forme de sexualité et d'émoi d'adolescent à l'ère pré-pornhub où les premières émois sexuels se faisaient derrière les BD adultes et les catalogues La Redoute.

- Cavanna, dont j'ai lu avec délice les romans autobiographiques (notamment les Ritals) relatant notamment le racisme anti-italien qui a préexisté aux autres racismes.

- Bernard Maris enfin, qui savait vulgariser et rendre sexy l'économie et que j'écoutais tous les matins sur France Inter.

Je me souviens d'avoir organisé une marche en mémoire de ces victimes mais surtout pour témoigner de notre attachement à la liberté d'expression et de la presse. Malgré les intimidations des RG et de la police nationale qui me sommaient d'annuler l'événement, les Spinoliens ont pu rendre hommage aux victimes, déposer une bougie devant le regretté Café Le Sénart et improviser une Marseillaise émouvante avec des personnes de toutes origines et de toutes confessions. Un moment émouvant qui a enrichi le catalogue de mes souvenirs.

Suite à cette orgie et à l'indigestion du "Nous Sommes Charlie", a eu lieu une manifestation instrumentalisée par les politiques faisant la part belle à des Hommes d'Etat aux mains sales et je n'ai pas souhaité y participer.

J'ai entendu (parce que sont des amis) mais pas toujours compris les personnes scandant "Je ne suis pas Charlie". Certains se sont sentis heurtés par des caricatures de Charlie Hebdo mais la question n'était pas de savoir si on  appréciait ce journal satirique mais plutôt de revendiquer notre attachement à la liberté de la presse et à la liberté d'expression. Pour ma part, j'ai toujours accepté l'auto-dérision et les critiques qu'elles soient contre mes convictions politiques, religieuses ou éthiques.

J'ai toujours apprécié l'humour noir et le cynisme : Desproges, Coluche, Gaspart Proust ou encore Jeremy Ferrari. 

Aujourd'hui, je constate que le combat gagné par les terroristes est celui de l'auto-censure. Il reste des espaces de liberté, notamment sur les scènes parisiennes. Par contre, les acteurs des médias sont aseptisés par la peur d'être mal compris et, dans le pire des cas, de voir leur vie menacer.

5 ans plus tard, je voudrais rendre hommage à ce qui fait notre richesse, notre identité faite de liberté, de brassage culturel, d'auto-dérision et d'acceptation des différences. Je rends hommage aussi à ces grands enfants qui n'ont jamais cessé de repousser les limites de l'humour, quitte à faire la blague ou la provocation de trop. 

Et pour finir, je voudrais dire que l'on a le droit de ne pas aimer ce journal, voire même de le haïr, de trouver qu'on ne doit pas s'attaquer à la religion, mais on n'a pas le droit de relativiser le meurtre abominable des victimes du 07 janvier 2015.

 

 

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