Matias Rodriguez
Je trouve étrange que le terme de communauté puisse être de nos jours à ce point galvaudé. Rappelons qu'initialement une communauté est un ensemble de personnes vivant ensemble. A ce titre, nous faisons tous partie d'une communauté.
Certaines communautés partagent des similitudes et des intérêts communs. De tous temps, les personnes partageant des passions communes, une religion, des origines communes, se sont regroupées non pas par rejet de l'autre, mais par affinités. On l'a connu, par le passé, avec notamment les populations européeennes (polonaises, espagnols ou encore portugais), voir françaises (bretons ou auvergnats). Alors quel est le problème aujourd'hui ?
Sans doute, est-ce que l'appartenance à une religion peut sembler plus visible, du fait de tenues vestimentaires. C'est oublier, que s'il y a communauté musulmane, elle dépasse le seul port du voile. Dans une même famille, certaines décident de porter ou non le voile et cohabitent sans problème. Il existe aussi des amalgames entre islam et islamisme, entre niqab, hidjab ou burqa et une peur chez certains de perdre leur identité en acceptant celle des autres.
Chez beaucoup, il y a aussi une impossibilité de croire que le port du voile puisse être un choix non contraint. Dans certains pays, on impose une tenue vestimentaire à des femmes, et on accepterait en France que certaines le fassent de leur plein gré?
Pour dépassionner les débats, il faut accepter que l'on puisse à titre personnel regretter le port du voile sans être taxé d'islamophobe tout en souhaitant avant tout que les personnes puissent être libres de s'habiller comme elles le souhaitent. Souhaiter à tout prix interdire le port du voile, par exemple, sous prétexte de vouloir défendre le droit des femmes produit l'effet inverse : priver la femme musulmane de porter librement la tenue qu'elle souhaite est une atteinte aux droits des femmes .
Dans une ville comme la mienne, la question ne se pose pas. Il n'y a pas de frontières entre musulmans et non musulmans et les femmes portant le voile et accompagnant par exemple les sorties scolaires sont nos amies, les mères des amis de nos enfants, les soeurs de nos amies ... Sans elles d'ailleurs, difficile de trouver des volontaires pour accompagner les sorties scolaires.
Nos enfants ne se posent même pas la question, puisqu'ils voient une personne à part entière, la même qu'ils croisent tous les jours aux sorties d'école, et oublient le port du voile. D'ailleurs, ce n'est qu'à cause de personnalités politiques ne connaissant rien au terrain que ce débat a resurgi, avec l'écho des médias qui font de ce genre de thématiques leur chou gras.
Comment souhaiter faire communauté nationale si on exclue une partie de notre communauté? Préfère t-on que acculées, les femmes musulmanes décident de scolariser leurs enfants dans des écoles confessionnelles?
Pour ma part, je pense que chacun de nous, et notamment les pouvoirs publics, doit favoriser le lien entre les communautés en privilégiant tout ce qui nous relie et nous enrichit mutuellement plutôt qu'à se focaliser sur nos différences.
Pour le reste, les lois existent déjà sur la laïcité et tout le reste n'est que prétexte pour chacune des familles politiques à grignoter l'électorat du Rassemblement National.