Matias Rodriguez
2010 se termine et c'est le moment de tirer les bilans.
L'événement le plus marquant est sans aucun doute la mobilisation très importante contre la réforme des retraites. Il faut dire qu'au delà de cette réforme, c'est une véritable réflexion sur la société et les valeurs auxquelles on est attaché qui s'est engagé. On a essayé de nous faire croire qu'il n'y avait aucune alternative à proposer sur le dossier épineux des retraites. Nous vivons plus longtemps donc nous devons travailler plus longtemps, c'est inéluctable. En dehors du fait qu'il existe des sources de financement relevant du capital non négligeables, on peut aborder la question d'un point de vue social. Les jeunes rentrent de plus en plus tard dans la vie active. Le taux d'activité des seniors est très bas, ce qui fera porter l'effort de contribution en années de travail à une quantité faible de la population. Les carrières sont de plus en plus discontinues vu la conjoncture actuelle du marché du travail. La double peine que représente l'allongement de la durée de cotisations et le report de l'âge légal de départ à la retraite aura pour conséquences un report de financement vers la branche maladie et invalidité de la Sécurité sociale et vers les systèmes de chômage et de préretraite. De plus, il est impossible de réaliser des projections à moyen et à long terme sur la natalité et sur le taux d'activité. Pour cette raison, je plaide pour une augmentation des cotisations patronales sur les retraites, pour une généralisation des cotisations sur toutes les formes de revenus et notamment celles qui pèsent sur le capital. Nous devons avoir une véritable réflexion sur l'emploi des seniors et sur celui des jeunes. Il faut plafonner le cumul emploi retraite pour éviter que des hauts revenus puissent, comme c'est le cas aujourd'hui cumuler un salaire et leur retraite. Je pense également qu'il serait important de réfléchir aux différents temps de la vie et à la valorisation des activités non lucratives dans le calcul des retraites.
J'ai été, contrairement à certains, très satisfait de la mobilisation des jeunes lors des manifestaions contre la réforme des retraites. Même si on peut relativiser le degré d'implication des uns et des autres, il faut se satisfaire de cet initiation civique et de cette réflexion sur la société qu'on souhaite bâtir mais dont ils seront les principaux concernés. Je ne pense pas qu'il y ait eu plus de récupération politique que lors de n'importe quelle autre mobilisation passée. De plus, certains qui jugent l'engagement des jeunes ont eux mêmes participé aux événements de mai 68, qui rappelons le, ne se sont pas déroulés dans une période de crise et dont les revendications étaient plus éloignés du quotidien des citoyens.
L'autre fait marquant de l'année a été le débat sur l'identité nationale qui n'a débouché sur rien, sinon sur des amalgames entre les questions de nationalité, de citoyenneté, d'origine, de laïcité, d'immigration, de délinquance et de manières de vivre. Chacun de ces débats est intéressant à aborder, notamment par des sociologues, des juristes etc ... mais ne doivent pas être initié par l'Etat et organisé par des préfets. Les conséquences ont été évidemment l'amalgame fait entre gens du voyage (catégorie juridique), Roms (ensemble de populations ayant une origine indienne lointaine, peuple qui se subdivise en divers groupes très différents les uns des autres et aux cultures riches et complexes ) et roumains (personnaires originaires de Roumanie). Des expulsions massives de Roms ont été effectuées à partir de l'été 2010, qui ont fait la honte de la France et qui ont d'ailleurs été condamnées notamment par l'ONU et le Parlement Européen. Les musulmans ont été la cible d'attaques à travers le débat sur le port du voile intégral qui ne concernaient en France que 367 musulmanes. Bien que je considère le port du voile intégral comme étant une atteinte aux droits des femmes, il me semblait inutile, compte tenu de ce phénomène marginal, de faire un tel buzz autour de cette question, qui n'avait pour seul but que de stigmatiser la religion musulmane dans son intégralité.
Cette année 2010 a laissé un goût amer et 2011 devrait annoncer d'autres chantiers comme celui des négociations autour des retraites complémentaires et la question de la dépendance.
Le Sénat ayant de grandes chances de basculer à gauche en septembre, il est fort à parier que le gouvernement essaiera de faire passer en force de nouvelles réformes avant cette échéance pour consacrer la fin d'année 2011 et le début de l'année 2012 à la préparation sereine de l'élection présidentielle.